Quand les nouvelles d’Haïti chiffonnent sa diaspora

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Le Marché en fer en proie aux flammes

Réagissant au désastre ayant frappé les “petites marchandes” suite à l’incendie du Marché en Fer de Port-au-Prince, l’auteur de l'article publié ci-dessous, ne peut s'empêcher de dévoiler sa colère. Dans un style acerbe et rempli d'amertume, il fustige l'irresponsabilité des dirigeants haitiens qui, selon lui, sont en train de précipiter Haïti dans les abîmes.

À l’ère de l’internet où tout un chacun joue au reporter-maison, des « Fake news » s’il faut employer l’expression anglaise à la mode, inondent l’atmosphère, nous amusent et nous interpellent à la fois, assez souvent sous forme de documentaires qui arrivent en cascades sur What’s App, tantôt en vidéo, tantôt en audio. Certains d'entre eux ont la particularité de renfermer un peu d’humour pour amuser la galerie;  d’autres, par contre, sur la politique haïtienne, laissent à désirer. C’est du n’importe quoi à noircir Lucifer! Tout cela pour résumer qu’en de telles circonstances, lorsqu’on est loin du pays, le seul véhicule respectable sur lequel, on peut se permettre de surfer sur les vagues de la supposée réalité, demeure l’écoute ou la lecture des quelques médias de l’île et de la conclusion d’une prudente analyse d’un auteur doté d’un esprit indépendant ou objectif.

Photo d’une femme criant sa rage

Quelle ne fut notre surprise de recevoir des vidéos du « Marché en fer »  en feu, depuis 2 heures du matin du 13 février 2018, étalant la vive douleur de pauvres marchandes qui entrent en crise, hurlant leur rage à gorge déployée comme si elles viennent de perdre toute leur famille. C’est à arracher nos tripes. En fin de compte, 

elles pleuraient la perte de leurs marchandises stockées sans assurance et non encore payées; d’autres se demandaient, face à ce spectacle tragique, où étaient les pompiers, alors que 70% du marché avaient été presque totalement consumés.

Devant le doute, naturellement on s’abstient de porter des jugements de valeur, avant d’entendre ou de lire un organe officiel. En jetant un coup d’œil sur  les journaux du jour, je suis tombé à la renverse à la lecture de ce paragraphe ahurissant, sous la plume de Robenson Geffrard et Frantz Duval :

« Selon le constat du photographe du , Casimir Veillard, les sapeurs-pompiers du camion de lutte contre-incendie, remarqués sur place, ont fait de leur mieux pour essayer de circonscrire le feu sans succès. Arrivé sur les lieux le camion n’avait pas d’eau et ce n’est qu’au fil des heures que d’autres véhicules de lutte contre-incendie ont renforcé la lutte contre le sinistre ».

 Les “Madan-sara” sont aux abois Photo (Le Nouvelliste)

Là, je viens de saisir l’état de la situation. Chers lecteurs : Avez-vous bien lu? À décoder la trame de cette tragédie, à visualiser dans notre imaginaire la raison de cet horrible désastre, on en vient à tomber dans les pommes. Le constat de ces journalistes nous a scié les deux jambes. Ce fut comme l’effet d’un coup de massue sur la gueule. Et nous en diaspora qui rêvions encore de ce si beau coin qui avait bercé nos premiers pas! Ce coin n’avait pas ce qu’il y avait de plus huppé, à dire vrai. Mais, il était plus ou moins vivable et surtout il était et demeure notre coin natal.

Ce n’est pas tout! La surprise s’est révélée encore plus sidérante, plus pétrifiante lorsque le promoteur du « Marché en fer », celui qui avait attribué un sens, une nouvelle vie à ce monument historique, le PDG de Digicel1, Marteen Boute, a déclaré péremptoirement au micro de Radio Télé Guinin que « C’est l’irresponsabilité de l’état qui est le seul à blâmer pour l’incendie du Marché… Aussitôt informé, je les avait avisés qu’une « pile » de fatras et d’immondices brûlait près de la partie sud de l’édifice public en question… Digicel a estimé de son devoir d’avertir d’urgence, les autorités et les pompiers qui ne sont pas intervenus pour maîtriser les flammes ».
 
Revenons sur terre! Voilà bien le résultat de la gabegie, du nivellement par le bas, de la corruption folle , de la médiocrité en cravate! Un pays, un morceau de terre enclin aux catastrophes naturelles, dirigé par  des individus amorphes, incompétents, négligents, voleurs, inconscients qui n’ont d’yeux que pour une seule et unique chose : l’argent à piller. Il n’arrivent même pas à gérer un micro incident. Sans doute, attendaient-ils l’aide des voisins, les Dominicains, les Américains et les autres. Or comme les voisins arrivent rarement les mains vides, l’heure du pillage avait carillonné au clocher des professionnels aux doigts croches et à l’esprit atrophié. Seigneur, vos enfants vous supplient, protégez-les de ces mécréants.
 
« Sur place, le feu brûlait encore en milieu de matinée à l’intérieur du marché »  soutient la journaliste Nancy Roc. « … Le feu était si puissant que les poutres en fer du toit ont été déformées par la chaleur ardente ».
 
Voilà la nation dans laquelle des milliards et des milliards de  dollars  venant de bons samaritains internationaux ont été engloutis, et ceci en pure perte! Voilà le pays qui invite sa diaspora et les étrangers à le visiter et à y investir! Mais le ou les idiots qui caressent ce rêve de nous revoir, ont-ils une idée de la viabilité d’une nation organisée? C’est à croire qu’avec les circonstances entourant l’incendie du Marché en fer, n’importe quelle étincelle suffira pour faire disparaître Port-au-Prince ou n’importe quelle autre ville, l’espace d’un éclair. Imaginez l’explosion d’un char en plein carnaval! Ce sera la catastrophe propre à brûler vif des gens de toute une zone, vu que les escouades des pompiers sont quasi inexistantes et que leurs camions ou appareils sont vides d’EAU.
 
Lorsqu’on vole sans vergogne les milliards dédiés à extirper Haïti de la fange, lorsqu’on empoche sans une once de jugement et d’humanité, le salaire du pauvre fonctionnaire, du misérable employé, on se croit intelligent. Mais ce dernier, mon Dieu, « n’est pas égaré », comme le souligne l’adage. Pour nourrir ses enfants,  ne sachant à quel saint se vouer, il utilise l’arme de la ‘débrouillardise’,  vendant les pneus, les pièces, les couvertures des égouts, les moteurs des camions à incendie, les tuyaux d’eau de la ville, les robinets,  etc. Il vend tout aux plus offrants.  

Il n’y a eu aucune surprise dans le jeu du « pwenn fè pa ». Tout le monde le savait depuis longtemps. C’était un secret de Polichinelle. Les pompiers n’avaient qu’à faire semblant de venir. Et ils sont arrivés très tard, sirène hurlante, en jouant en dernier lieu, aux étonnés, aux idiots devant la citerne vide, et le marché en feu. Les services d’incendie dans toutes les villes [haïtiennes]  sont fantomatiques . C’est un simple nom, « Service des Incendies de… », inscrit sur une feuille de papier pour voter un budget, un stratagème pour mieux siphonner la caisse. Ce n’est pas le souci des édiles. « Pito nou lèd nou la! »  « Et nou pa ka pa la ». Des camions ont été bien commandés aux USA par l’Etat. Mais ils ont été revendus par la suite en cours du transfert ou de la  traversée et livrés à des compagnies privées siégeant en Haïti ou dans les Antilles.
 
Et arrive, après coup, malgré les accusations du PDG de Digicel, ce gouvernement d’imprévoyants, avec Jovenel Moïse en tête, capitalisant sur le malheur des pauvres, annonçant son programme de réhabilitation des pertes encourues. « Trouvez les noms de ces travailleurs, s’écrie Jovenel, nous allons tous les dédommager ». Et les idiots applaudissent…
 
Ce scénario n’est pas nouveau. Ce n’est que de la poudre aux yeux pour se donner bonne conscience face aux victimes. Le 30 mai 2008, ce même « Marché en fer » ou « Marché Hyppolite » avait été incendié. Le gouvernement d’alors avait répété exactement la même chose. Une liste de 600 noms avait été dressée. Mais aucune marchande de la place, les vraies victimes n’y figuraient. Les « listeurs » avaient inscrit les noms de leurs femme, de leurs filles, de leurs voisines, de leurs maîtresses, etc... Les pauvres marchandes n’avaient rien reçu... jusqu’à nos jours. Voilà comment chez-nous, on roule le petit peuple dans la farine. 
 
Chers prédateurs, vous êtes intelligents, on n’en disconvient pas. Mais, un de ces quatre matins, vous risquez de mourir rôtis, les poches remplies de frics. Nous savons que ce ne sera jamais une leçon pour personne. Et la tradition continuera. Incidemment, c’est la descente aux enfers d’Haïti. Et l’horloge du temps dans sa marche inexorable ne se fait point prier. D’ailleurs, une anecdote au Parlement dans les années 90 avait bien résumé cet état de fait. La voici :
 
Un jour d’avril, dans l’enceinte de la vénérable institution, quelques députés désoeuvrés, s’enguelaient, se chamaillaient entre eux. Mettant fin à l’altercation, un 1er déclara : « Je m’en va ». Un second lui demanda : « Mes zami où vons nous  ». Et un 3èm de rétorquer : « Nous vons de bîme en bîme, jiska la bîme final ». Et nous voilà arriver à bon port. Pour s’en sortir, il faudra embrayer en marche arrière. Qui osera? Qui osera poser ce geste! Fòm ta wè!

 
Orlando, le 18 février 2018
 

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