North Miami Beach – Corruption : un autre politicien salit l’image de la communauté

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Frantz Pierre

Prenez un sac de riz de bonne qualité, placez-y quelques mauvaises graines pourries, et c’est l’ensemble du sac qui sera considéré comme avarié. Cette allégorie peut être transposée à la communauté haïtienne vivant en Floride qui souffre des écarts de quelques personnalités publiques évoluant dans le monde politique. Ces dernières ont en effet terni l’image d’une communauté qui est pourtant active, dynamique et bien intégrée depuis des décennies.

Le cas Lucie Tondreau, quand l’argent vous fait perdre la raison

On a tous en mémoire le cas Lucie Tondreau, qui fut pourtant la première femme Haïtienne-Américaine à être nommée maire de la ville de North Miami. Malgré sa nouvelle position, elle a été rattrapée par son passé pour avoir participé à une arnaque de fraude hypothécaire d’un montant de 11 millions de dollars. Cela lui a valu une condamnation à 65 mois de prison, évitant de justesse les 30 ans requis par l’avocat général. À qui souhaitait l’entendre, Mme Tondreau a après coup dit regretter ses agissements et vouloir revenir en arrière pour réparer les torts qu’elle a causés. Au-delà du montant faramineux de l’escroquerie, c’est l’image même des Haïtiens de Floride qui a été salie puisqu’une personnalité de premier plan issue de leur communauté est accusée d’avoir détruit la vie de familles entières qui se sont retrouvées ruinées du jour au lendemain.

Pourtant, Mme Tondreau était jusqu’à récemment une citoyenne modèle qui faisait la fierté des Haïtiens de Floride. Sa dévotion pour aider autrui était exemplaire, elle qui fut pendant longtemps une fervente militante des bonnes œuvres. Plusieurs personnalités n’ont d’ailleurs pas manqué de lui apporter leur soutien, à commencer par le commissaire du comté de Miami-Dade Audrey Edmonson, la représentante des États-Unis du 24e District de Floride et grande amatrice de chapeaux Frederica Wilson, ou encore l’ancien maire de Miami Maurice Ferré. Tous ont tenu à souligner l’empathie de Mme Tondreau envers les plus démunis, sa bienveillance et sa générosité dont elle ne s’est jamais départie durant toutes ces années.

D’un autre côté, il est bon de noter que l’appui qu’a reçu Mme Tondreau lors de son procès par des membres influents de la communauté fait chaud au cœur, car il démontre que même dans les moments difficiles, les Haïtiens de Floride restent soudés et solidaires.

Ils ne sont pas rancuniers et n’hésitent pas à prêter main-forte à une brebis du troupeau qui s’est momentanément égarée. Dans ce cas-ci, on pointe du doigt l’éventuelle influence négative qu’aurait pu subir Mme Tondreau de la part d’Oreste, son partenaire et ex-fiancé que certains accusent d’être le principal instigateur de toute cette affaire. Mme Tondreau a fait preuve de légèreté et n’aurait jamais dû s’embarquer dans une aventure qui la condamnait à l’avance.

Frantz Pierre, corruption et blanchiment d’argent sale

Le cas Frantz Pierre est plus salace. Son histoire mélange pêle-mêle club de strip-tease, licence d’alcool et organisation de bienfaisance, le tout sur fond de corruption, pots-de-vin et blanchiment d’argent. Les agissements de Frantz Pierre, commissaire de la ville de North Miami Beach, sont dignes d’un film de mafia. En effet, les enquêteurs soupçonnent notre Mr. Pierre d’avoir fait du favoritisme contre rémunération. Il aurait ainsi voté la prolongation du permis de servir de l’alcool au profit du club Dean’s Gold – éponyme de son propriétaire Dean Tyler – contre un total de $20.000 payés en plusieurs tranches. Pour pimenter le tout, Pierre a également demandé à Mr Tyler de verser une grosse somme d’argent (environ 10.000$) à une organisation à but non lucratif, en l’occurrence la “Community Hope for Children and Families in Need” qui appartient à une certaine Jacquelin Alexis. Cette dernière est allée jusqu’à demander à la ville de North Miami Beach de subventionner un programme parascolaire inexistant à hauteur de $5000. Ainsi, la boucle était bouclée.

Or s’il y’a une chose dont les autorités américaines ont horreur, c’est bien que de l’argent public destiné à des organisations caritatives soit détourné. La procureure d’État, Katherine Rundle, n’a pas manqué de mettre en garde ceux qui se comportent de la sorte et a prévenu que de tels agissements ne resteront pas impunis. Le gouverneur Rick Scott a pris les devants en suspendant le commissaire de North Miami Beach de ses fonctions jusqu’à ce que toute la lumière soit faite sur cette sordide histoire. La justice elle n’a pas tardé à convoquer le principal accusé qui a dû payer une caution de $35.000 pour pouvoir bénéficier d’une remise en liberté provisoire en attentant son jugement.

Quel impact sur la communauté haïtienne de Floride ?

La communauté haïtienne de Floride a connu une croissance exponentielle à partir des années 1960, conséquence de l’exil forcé de milliers d’immigrants fuyant les exactions et l’anarchie qui caractérisaient le règne du clan Duvalier (père et fils). Depuis lors, l’afflux s’est tassé, avec par moments des pics lors de catastrophes naturelles (tremblement de terre 2010) ou d’instabilités politiques majeures. On en est déjà à la 3ème génération d’Haïtiens installés en Floride, et on peut affirmer sans la moindre hésitation que leur intégration est des plus réussies. Il n’y a pas un secteur où les Haïtiens-Américains ne se sont pas distingués, que ça soit en politique, sport, musique, littérature, cinéma, affaires, médecine… C’est donc une bonne image qu’il faut préserver et consolider, car les résidents haïtiens de Floride représentent les meilleurs ambassadeurs de leur pays d’origine.

Une position que ne semble pas partager tout le monde, au vu des scandales qui ont entaché la communauté ces dernières années. Il est en effet dommage que quelques moutons noirs concentrent toute l’attention de la presse pour leurs méfaits, alors qu’au même moment, des centaines de milliers d’autres travaillent durs au quotidien pour s’émanciper dignement et apporter leur contribution à la prospérité de leur pays d’accueil. Il est plus que temps de rendre hommage à ces valeureux citoyens qui évoluent dans l’ombre et à qui on doit beaucoup.

Reste le cas particulier des responsables politiques d’origine haïtienne qui perpètrent des délits punissables par la loi. Il ne fait aucun doute que ces quelques renégats trahissent la confiance que la communauté a placée en eux puisqu’ils profitent de leurs nouvelles positions pour commettre des forfaitures indignes d’un responsable politique de haut rang. Cela pénalise doublement la communauté, car en plus de la priver d’un lobbyiste bien placé qui puisse défendre ses intérêts, ils ternissent son image en entachant une réputation que d’autres se sont évertués à bâtir pendant des décennies. De plus, à une époque où la surmédiatisation est devenue un phénomène de société, on se souvient malheureusement plus facilement des crimes et des infractions commis que des bonnes actions. Ne dit-on pas que ce sont les tonneaux vides qui font le plus de bruit ?

DF/ SOURCE : Le Floridien

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