Un salon international du livre de Port-au-Prince bien terne au Champ de Mars

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Le mois d’avril explose de foires un peu partout dans le pays. Dans la capitale et aussi dans les villes de province d’Haïti. C’est dans ce contexte que la mairie de Port-au-Prince a organisé le premier Salon international du livre de Port-au-Prince (SILPAP), les samedi 21 et dimanche 22 mars 2018. Le seul grand attroupement dans ce salon était autour de deux mannequins figés comme des statues. Regard invariable, raideur de marbre, mains immobiles. Ces mains semblent capturer le livre pour un voyage mobile dans l’imaginaire.

On est présent, ce dimanche, dans cette foire qui met à l’honneur Suzy Castor, militante connue en Haïti et hors des frontières de l’île pour son combat incessant pour le triomphe des droits de l’homme. Castor sera couronnée de plusieurs prix : prix Juan Maria Bandres pour la défense du droit d'asile et la solidarité avec les réfugiés (2005) ; prix Casa de las Américas (2009) ; Prix Mahatma Gandhi pour la réconciliation et la paix décerné par l’Unesco (2009) ; prix Ohtli décerné par le gouvernement du Mexique (2015).

Une heure de l’après-midi, l’auteur de « Le massacre de 1937 et les relations haïtiano-dominicaines » (1988) n’a pas encore mis pied au Champ de Mars. Samedi, l’invitée d’honneur avait signé à ce salon qui se veut international.

Quelques éditeurs restent fermes au poste et attendent. Pour ce représentant des éditions de l’Université d’État d’Haïti, « le public est vraiment maigre. J’ai l’impression qu’il n’y avait pas eu de publicité autour de cet événement. On a vendu à peu près cinq livres. Il faut dire que nos livres sont à caractère scientifique, autrement dit seul un tout petit monde est intéressé à ce genre de publication. Ce dimanche-là comme samedi, c’est la même chose. »

Les deux journées sont pareilles, selon une représentante de C3 Éditions. Elle n’est pas très causante. « Aujourd’hui, il n’y a presque personne. Hier, on avait reçu une centaine de visiteurs. Vingt livres ont été vendus. Ce dimanche, rien que deux », déplore-t-elle.

Kopivit l’action sociale ne vit-elle pas le même scénario ? Thérèse Tardieu nuance : « Oui, c’est le cas, mais il ne faut pas oublier que c’est une première. Avec l’habitude, les gens viendront en plus grand nombre. Certains jeunes sont venus nous voir. Ils ont dit qu’ils ne savaient pas qu’il y avait une foire au Champ de Mars. On n’a pas apporté de l’argent. On voit bien qu’ils voulaient acheter. Nous, nous sommes présents. Une activité comme celle-ci est importante. Elle donne aux jeunes l’opportunité d’avoir accès aux livres. C’est un plaisir de voir les jeunes regarder les livres. »

Les éditions du collège Canapé-Vert de madame Franck Paul, elles aussi, étaient très peu visitées. Rencontrée en marge de la foire, madame Franck Paul donne son avis sur SILPAP. « En avril, il y a beaucoup de foires, mais, en général, elles réussissent. Pour le Salon international du livre de Port-au-Prince, je crois qu’il y a eu trop de précipitations dans l’organisation. Quand on doit faire une manifestation de ce genre, il faut un temps de préparation assez long, d’autant que c’est un salon international. Il faut qu’il y ait des écrivains de tous horizons. Il faut aussi toutes les compétences dédiées à la chaîne du livre. Cet exercice demande du temps. Comme c’est la mairie de Port-au-Prince qui l’organisait, je suppose qu’elle a misé sur sa notoriété et sur l’animation qui règne chaque jour au Champ de Mars, un espace qui est souvent envahi par les jeunes. Il manquait de l’animation, je pense que s’il y avait de la musique entraînante, les jeunes qui étaient sur les places en face, près du MUPANAH, auraient pu venir. Avec de l’animation, il y aurait eu du public. » Mme Frank Paul, une incontournable dans les foires du livre à Port-au-Prince et dans les villes de province, met déjà le cap sur d’autres événements similaires pour les mois de mai et de juin. « Je dis aux organisateurs de ne pas se décourager. Il faut une bonne préparation pour un tel événement. On nous a appelés très tard, mais on a accepté. Je pense qu’il y a trop de foires. Il faut une organisation plus globale », préconise-t-elle.

Pour l’historien Jean Ledan Fils, auteur à succès de la rubrique « À propos de l’’histoire d’Haïti saviez-vous que… », est plutôt optimiste. « Cette foire internationale du livre sur le Champ de Mars est une bonne initiative. Quand j’ai reçu l’invitation, j’avais voulu y être. C’était un moyen pour moi d’être près des lecteurs. Des écoliers me posent des questions, je leur réponds. C’était franchement bien d’être en leur compagnie. En fait, j’ai été à la foire avec l’idée de participer, sachant que le public n’avait pas de moyen pour se procurer des livres. Je n’avais pas de but lucratif en tête, vu la situation économique du pays. J’avais voulu être avec tout le monde et faire partie du flot commun. »

Claude Bernard Sérant Source Le Nouvelliste

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