Richenel Ostiné, le parcours d’un jeune haïtien fougueux

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Richenel Ostiné

Né et grandi dans un quartier populaire de Port-au-Prince, Richenel Ostiné est un fonceur, un être courageux. Les quartiers populaires en Haïti sont comme un laboratoire, un espace d’apprentissage. Ce sont des lieux de durs combats et d’épreuves qui forgent le caractère et qui invitent à tisser des liens de solidarité et de fraternité, pour faire face aux aléas du quotidien. C’est à Fort national qu’il a animé son premier club littéraire. C’est dans ce quartier qu’il a tenu son premier jeu de correspondance. C’est là-bas qu’il a commencé à lire Descartes et Camus. Après y avoir remporté son premier concours de génie à l’âge de 13 ans, le jury lui a fait don de « Discours de la méthode » et « L’étranger ».

Richenel Ostiné a fait ses études primaires au collège Frère André à la rue Lamarre (Port-au-Prince). Il a fait ses études secondaires, respectivement au collège Roger Anglade et au nouveau collège Bird. Dès son plus jeune âge, il a toujours voulu s’impliquer en allant à la rencontre de l’autre, en prenant des initiatives, en participant aux activités sportives parascolaires. « Du plus profond de mes souvenirs d’adolescence, j’ai participé à tous les comités de classe depuis la sixième, jusqu’aux terminales. Il m’est arrivé d’avoir des activités de concours de génie et un match de basketball pour la même classe à une heure d’intervalles », nous dit-il en souriant. Il a eu de bons moments à l’école. À ce titre, son adolescence était particulièrement intense. Le sport et le cinéma (le ciné Capitol étant à 10 minutes de chez lui) l’ont tenu éloigné des ennuis. 

Les relations qu’il a tissées à l’école durant son adolescence lui ont permis de rejoindre, 15 ans plus tard, ses anciens camarades de classe à la tête du conseil d’administration du Gwoup-Simen (un conglomérat d’entreprises parmi lesquelles se trouve Simen-Ayiti qui est une plateforme de financement participatif). Il a fait une double scolarité en sociologie et en philosophie à l’Université d’État d’Haïti. Il nous a raconté sa trajectoire universitaire : « C’est la sociologie qui m’a emmené à la philosophie. Je me souviens encore de l’événement. Après une discussion animée avec le professeur Jacques Gourgue, il m’a dit que je devrais aller à l’École Normale Supérieure pour étudier la philosophie. J’en profite pour rendre un hommage à cet homme d’une grande rigueur et d’une grande culture ». Par ailleurs, il a fait des études de second cycle en littérature et philosophie dans le cadre d’un master cordonné par l’Université Vincennes Saint Denis et l’École Normale Supérieure de Port-au-Prince. 

L’actuel étudiant en maitrise en administration et politiques de l’éducation à l’Université Laval (Québec, Canada) a eu une carrière professionnelle avec une certaine précocité dans le milieu de la coopération internationale. Il a travaillé pendant 10 ans pour l’Organisation Internationale pour les Migrations en intégrant l’Unité Psychosociale afin d’apporter un accompagnement, un support psychosocial dans un contexte de crise humanitaire. Il a dirigé, entre mars 2010 et juin 2012, une équipe pluridisciplinaire qui avait la lourde responsabilité de superviser le processus de relocalisation et de l’intégration des survivants du séisme du 12 janvier qui étaient logés dans des camps provisoires à Port-au-Prince. Il a travaillé comme point focal de protection dans le département du Nord-Est où il a œuvré avec des acteurs haïtiens et dominicains en vue de renforcer les mécanismes de protection dans la région. Par la suite, à Port-au-Prince, il a participé activement au renforcement des capacités des institutions étatiques de protection, en organisant des séances de formation sur le protocole de prise en charge des survivantes de violences sexuelles basées sur le genre, sur la protection des femmes et des enfants en période d’urgence, sur la traite des personnes et le trafic illicite des migrants. C’est dans cette perspective qu’il a grandement contribué en faisant office de secrétariat technique à la réalisation de la Première Conférence Internationale contre la traite des personnes à l’Hôtel Oasis en Haïti, les 21 et 22 Juin 2017. À la suite de cette activité et tenant compte des efforts qui ont été déjà fournis tout au long de l’année par l’ensemble des acteurs et de leurs partenaires, Haïti a été retirée, à la fin du mois de juin 2017, de la liste noire du rapport du Département d’État (Ministère des Affaires Étrangères des États-Unis d’Amérique).

Parallèlement à ses activités professionnelles, il était toujours très engagé sur le plan social, associatif et entrepreneurial en Haïti. Ainsi, il a joué un rôle important au sein du conseil d’administration du Réseau des Jeunes Entrepreneurs Haïtiens (RJEH). « Mon Travail consistait à planifier les rendez-vous avec les ambassades, les acteurs de la société civile, les leaders haïtiens ou étrangers, d'ici et d'ailleurs, les groupes de femmes et aussi à identifier et rencontrer des jeunes dynamiques, compétents, enthousiastes à l'idée du développement durable d'Haïti, rejetant ainsi le fatalisme ambiant », précise-t-il. C’est dans cette dynamique que ce même réseau a créé Simen-Ayiti qui est une plateforme de financement partitif mettant en relation de potentiels investisseurs et de porteurs de projets. 

Détenteur de la prestigieuse bourse de leadership et de développement durable de l’Université Laval, Richenel Ostiné considère sa présence et ses études à Québec comme un privilège et une opportunité. C’est un privilège, parce que l’Université Laval est la première université francophone du continent américain. C’est un lieu de mémoire, une institution remarquable, un espace de savoir qui s’est forgé une solide réputation pendant plusieurs siècles. C’est une opportunité, parce qu’il souhaite modéliser l’ensemble de ses expériences professionnelles, associatives, entrepreneuriales dans un cadre académique. Fraichement élu à la tête de l’association des Étudiants Haïtiens et Antillais de l’Université Laval, tout juste un mois après son arrivée sur le campus, il a vécu un événement inédit. Cela prouve l’ouverture d’esprit et aussi la bonne dynamique entre les étudiantes et étudiants de cette structure figurant parmi les plus anciennes à l’Université. Il y a une communauté Haïtienne et Antillaise très dynamique à Québec. Il y a de magnifiques projets en perspective. « L’un de mes objectifs, c’est de créer un pôle de communication, une sphère d’influence à travers des réseaux de solidarité entre les futurs cadres, les élites en devenir de nos pays respectifs qui étudient ici et qui débordent le cadre même de l’association », fait-il remarquer. 

Il nous faut cette communion entre tous les fils et filles de la mer des Antilles. Nous n’avons pas le droit de perdre espoir. « Nombreux sont les jeunes antillais et haïtiens qui s’engagent à faire des études de Maitrise ou de Doctorat. On les trouve partout en Amérique du Nord, en Europe, en Amérique Latine, en Afrique et même en Asie, dans les plus hautes sphères académiques à produire et à enseigner. Également, ils sont déjà beaucoup à s’impliquer dans leur pays natal en faisant de l’excellence leur unique boussole. Croyez-moi, il y a une dynamique qui se crée, il y a une révolution tranquille qui s’organise et elle se fera par le savoir », conclut Richenel Ostiné à la fin de l’entrevue. 
Fritz Laventure
 

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