Philippe Dodard au Musée des civilisations noires à Dakar

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Philippe Dodard

Inauguration | Sénégal Sénégal, pays de l’hospitalité de l’Afrique de l’Ouest, a accueilli le plasticien haïtien Philippe Dodard. Il a été élevé par le président Macky Sall de la république du Sénégal au grade de Chevalier de l’Ordre national du Lion, en même temps qu’Édouard Duval Carrié et Dr Babacar M’Bow, le 6 décembre 2018, le jour même de l’inauguration du Musée des civilisations noires. Cet artiste, doué pour l’art graphique, qui a orné de bas en haut Le Nouvelliste de ses caricatures de presse soigneusement encadrés, nous a rendu visite pour partager ses émotions vécues sur la terre de la Téranga.

Philippe Dodard revient d’un haut lieu culturel du continent africain. Il revient du Sénégal, pays de Léopold Sédar Senghor. Le 6 décembre, ses œuvres ont été exposées lors de l’inauguration du Musée des civilisations noires (MCN), à Dakar. Parmi une constellation d’œuvres d’art qui soulignent le rêve « panafricain » du poète-président, il a exposé, aux côtés de son compatriote Édouard Duval Carrié, « Toussaint Louverture, Racines de Liberté », un acrylique sur toile et 75 encres noire et blanc de format 18 x 24 pouces.

« J’ai été invité par le directeur du MCN à Dakar, Hamadi Bocoum. Il est spécialiste de l’histoire de la métallurgie et également par le commissaire des expositions du musée, le Dr Babacar M’ Bow pour exposer la mémoire en mouvement et ‘’Toussaint Louverture, Racine de Liberté’’, un portrait inspiré de la phrase célèbre du héros », a dit Philippe Dodard, visiblement satisfait d’avoir pris part à cette exhibition dans un musée couvrant une superficie totale de 14 000 mètres carrés,  édifié « sur quatre étages en esplanade; une architecture inspirée de l'impluvium de la région de Casamance et du Grand Zimbabwe ».

« À partir de ma propre vision haïtienne j’ai dressé le portrait de Toussaint Louverture, ce grand visionnaire. Il avait une vision universelle de la liberté », soutient l’artiste. Dans ce portrait, les paroles du héros résonnent : « En me renversant, on n'a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l'arbre de la liberté, mais il repoussera, car ses racines sont profondes et nombreuses. »

Dans cette toile, Dodard joue sur les symboles. Pour se manifester dans la réalité, le personnage historique s’ancre dans la dimension de la matière à travers des éléments symboliques : en tant qu’arbre, il représente l’expansion dans un mouvement continu de croissance et d’explosivité. Mapou aux racines nombreuses plongées dans la terre, il se nourrit des énergies de cette mère nourricière; son chapeau empanaché de plumes a l’air d’une éruption. Captant ainsi son inspiration à partir des éléments qu'il transforme, il évoque le feu, symbole de la purification, du passage de l’ombre à la lumière. « Le feu qui sort du chapeau de Toussaint, c’est comme le feu d’un volcan », précise l’artiste dont l’œuvre exploite les couleurs terre d'ombre et ocre pour exprimer la flamme de la liberté en combustion dans le for intérieur du révolutionnaire; dans son approche nationaliste, le peintre guide l'oeil sur les couleurs du bicolore haïtien.

Les encres de Dodard

Dans cette exhibition articulée autour du thème ''Civilisations africaines : créations continues de l'humanité'', Dodard propose des encres assortis à la proposition développée dans ce grand événement qui centre l’Afrique au cœur de l’histoire du monde : "la mémoire en mouvement". Cette autre partie de sa création exposée au MCN. « La mémoire en mouvement, c’est l’évolution de toute une civilisation à partir de ses origines. 75 encres noire et blanc de format 18 X 24, 22 x 30 pouces  sont assemblées autour d’une forme de cale de bateau. Cette collection est présentée sur papier marouflé sur toile », souligne Dodard, qui a représenté Haïti à l’inauguration de ce musée aux côtés de l'anthropologue John Picard Byron et du plasticien Edouard Duval Carrié dont l’œuvre, « un Baobab en fer, fait office de potomitan du bâtiment en forme circulaire »

Les encres de Dodard dont la composition classique associe le pigment noir de carbone et un liant aqueux sont une véritable collection touffue de pièces qui racontent l'histoire du commerce triangulaire axé sur ''le bois d'ébène'', autrement dit le commerce odieux des esclaves. Dodard a commencé cette série en 2009 pour l’ouverture de la galerie Multitude de Miami de Babacar M’Bow. Elle a déjà fait un parcours à travers plusieurs universités et institutions américaines.

Avec ces encres, Dodard  cristallise un moment de l’histoire empreint de sa sensibilité. « Cette traversée de l’Atlantique par ces hommes et femmes mis en esclavage n’a pas été seulement celle des corps enchaînés, mais aussi la traversée de toute une culture, de toute une force spirituelle et religieuse soutenue par l’esprit de la résistance. »

Mais pourquoi ces encres ne montrent-ils pas les captifs africains entassés dans les cales des négriers ? « Je ne les ai pas montrés couchés comme des sardines, je les présente plutôt  debout pour montrer qu’intérieurement on ne peut pas enchaîner l’âme », a expliqué le Chevalier de l’Ordre national du Lion.

Le Musée des civilisations noires ramène Dodard au souvenir de ses maîtres Tiga, Patrick Vilaire et Wilfrid Austin (Frido) qui avaient pris part au Festival des Arts nègres à Dakar en1966. 

Claude Bernard Serant source Le Nouvelliste

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