Le marché konpa dirèk et les nouveaux produits des groupes musicaux

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Michael Guirand - Game Over - Vayb

Tout marché est axé autour de la théorie de l’offre et de la demande, nationalement ou globalement. On fait référence ici à l’économie de marché. Le marché konpa dirèk est plutôt saisonnier, et les produits pour l’alimenter ne sont pas vraiment fonction d’une saison bien spécifique. Dans un temps, les groupes musicaux haïtiens avaient choisi la période de fin d’année pour mettre leurs disques en circulation. Avec le temps, les habitudes de production ont vraiment changé.

Les années se succèdent, mais ne se ressemblent pas

Les groupes d’aujourd’hui choisissent la période pré-estivale pour produire un nouvel album ou un petit paquet de chansons. Ils ont tous le même rêve et la même compréhension des faits. Ils veulent simplement s’assurer une tournée estivale en Haïti, croyant que le succès d’un groupe musical vient de là. Enfin, certains artistes croient que produire un album de 10 chansons constitue une perte de temps et d’argent. Le problème des groupes musicaux ne réside pas à ce niveau, mais il est plutôt lié à leurs approches promotionnelles. En plus, toutes les œuvres des groupes sont des autoproductions, causant la négligence de la promotion des disques. On se rend compte que les orchestres ne disposent pas de budget destiné à cette fin.

Produire quatre ou 10 musiques sur un album est également risquant dans ce marché informel. Les stratégies de promotion et de marketing qu’adoptent les groupes musicaux devraient établir la différence entre eux. Cependant, il existe un grand danger, c’est qu’ils attendent qu’un compétiteur initie un modèle de promotion pour l’imiter. Le manque de créativité fait que toutes les formations musicales acceptent que les animateurs, assurant la promotion de leurs œuvres, utilisent tous la même formule. La situation s’aggrave de jour en jour. On a même vu des musiciens faire du porte-à-porte pour vendre le CD de leur groupe.

L’absence de maisons de promotion et de marketing dans l’industrie de la musique haïtienne confirme l’informalité du marché.  En sus, il n’existe aucune compagnie de distribution dans cette industrie musicale, et les musiciens n’en parlent pas. Tous les rôles sont inversés. Les promoteurs n’assurent aucune promotion, ils ne font qu’organiser des bals. Et, s’ils mettent en place une stratégie de promotion, c’est simplement pour annoncer une soirée qu’ils organisent, et leurs démarches s’arrêtent là. 

Considérant tous ces faits, on est en droit de dire que le konpa dirèk n’a aucune chance de percer sur le marché international. D’ailleurs, les musiciens de cet univers musical n’y pensent pas et ne s’y intéressent pas non plus. Ils se contentent de peu, pourvu qu’ils soient à l’affiche chaque fin de semaine, soit à Miami, Orlando, Fort Lauderdale, Atlanta, Philadelphie, New York, New Jersey, Connecticut, Boston, ou bien à Montréal. Cela n’exclut pas les orchestres basés en Haïti.

Les productions faites à la va vite peuvent causer des dommages irréparables

Les groupes musicaux s’empressent de produire soit un album ou un paquet de quelques chansons, avant que débute la saison estivale 2018, simplement pour rappeler leur existence (R.Noël). Par exemple, le groupe Zenglen va, avant la fin du mois d’avril, afficher deux chansons sur les réseaux sociaux. La formation « Kreyol La » a déjà mis en place un paquet de chansons, dont deux meringues carnavalesques. Est-on encore en mode de carnaval ou bien espère t-on un carnaval des fleurs cette année ?, se demandent certains observateurs. Cette œuvre musicale de « Kreyol La » a pour titre « Domination ».  Le lancement de ces chansons a été réalisé,  à New York, le mercredi 25 avril dernier. Le groupe « Kreyol La » compte offrir un autre paquet de morceaux avant la fin de l’année en cours.

On ne peut laisser passer sous silence la production du premier album « Game Over » du groupe « VAYB » de Mickaël Guirand, l’ancien chanteur-vedette du défunt « Carimi ». Son effort mérite d’être applaudi. Il a fait preuve d’une patience rare. Sans même auditionner tout l’album de VAYB, déjà les mélomanes font valoir leurs opinions. Certaines gens sentent le parfum de Carimi qui s’y dégage. D’autres, au contraire, voient un changement de style, et de forme musicale. L’on se demande si ce n’est pas une précipitation. Ils sont allés trop vite en besogne.  D’autres encore disent que la chanson « Game Over » a le caractère d’une polémique forcée, voilée à travers des métaphores et même sous le couvert de figures de style qui visent Richard Cavé et son groupe « KAÏ ». 

Chacun est maître de son interprétation du texte de cette composition musicale de « VAYB ». Certains pensent que Richard Cavé ne va pas se laisser prendre au piège d’une polémique. Celui-ci va sans doute, disent-ils, alimenter une compétition pour faire avancer plutôt ce genre musical qu’ils ont embrassé tous les deux.  Au fait, ils sauront choisir ce qui joue dans leurs intérêts et ceux des groupes dont ils dirigent la destinée. Les gens manifestent aussi un grand intérêt dans les productions musicales des groupes comme Klass, Nu Look, Zenglen, Harmonik et Disip, qui tardent à venir. Chaque responsable d’orchestre se vante de la qualité du nouveau produit du groupe qu’il dirige.

Des musicologues improvisés, sur les réseaux sociaux, et certains animateurs d’émissions  konpa ont donné leur verdict le jour même ou au lendemain de la sortie des nouveaux disques. Cependant, aucun de ces analystes-musicologues n’a pris le soin de considérer les trois éléments essentiels de la musique, qui sont : le rythme, la mélodie et l’harmonie. Ils n’ont rien dit de ces composantes universelles de la musique. Il ne peut exister une musique sans rythme. Ils préfèrent plutôt parler de solos, là où ils devraient faire allusion aux riffs (R.Noël). Ils n’analysent pas vraiment les morceaux pour identifier les structures musicales et déterminer s’il s’agit de la forme AABA ou de structure « couplet / refrain ». La structure du konpa dirèk est-elle encore respectée ?

Ce sont donc des considérations que les « musicologues » auraient dû faire. Ce qui aurait donné plus de crédibilité à leur évaluation des œuvres musicales. « Mizik sa a rive sou mwen », n’est pas un langage musical (R.Noël). Personne n’ignore que les nouveaux produits alimentent le marché du disque, si on se réfère au nombre.  Mais, on doit aussi se poser une question. Ces groupes musicaux vont-ils prendre des mesures appropriées pour empêcher que leurs œuvres ne s’effritent avant un an, comme cela a toujours été  le cas?

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