Le konpa dirèk et la Coupe du monde de football 2018 : Faits révélateurs et constats

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Arly Lariviere

Personne n’ignore que la Coupe du monde de football représente le plus grand événement sportif de tous les temps. Elle symbolise la paix entre les peuples.

Dans des pays où l’insécurité fait l’actualité quotidiennement, la Coupe du monde aide à rétablir l’ordre naturellement, sans l’assistance des autorités de maintien de la paix. Tous les citoyens du monde sont aujourd’hui préoccupés par la Coupe du monde de football, même quand leurs pays d’origine n’y participent pas. 

Une nouvelle approche pour compenser le manque à gagner

On sait que rien n’existe sans son contraire. La Coupe du monde de football affecte aussi quelques activités de divertissements nocturnes, principalement dans la communauté haïtienne, tant à l’intérieur du pays qu’en terre étrangère.  Par exemple, le monde du konpa dirèk fonctionne au ralenti depuis le 14 juin, date marquant le début de cette Coupe. Les groupes musicaux haïtiens ne sont plus programmés avec la même fréquence pendant le déroulement du Mondial. Les organisateurs de soirées dansantes deviennent plus méfiants en cette période de festivités sportives. Si on fait un tour d’horizon de la scène HMI, on verra que les calendriers des groupes musicaux sont maigres en ce moment.  

On ne s’étonne pas que des bals organisés le weekend du 15 juin à Orlando, Floride, n’aient pas réussi. Des promoteurs n’ont pas fait bonnes recettes, se te vèvenn, se konprès ak kafe anmè sou tèt.  La « Haitian Academy Music Award » d’Orlando n’a pas attiré grand monde. Les organisateurs de cet événement sont déficitaires, mais ils ont au moins présenté l’événement comme ils l’avaient annoncé. Mots d’honneur ! La soirée qu’a animée le Djakout à Orlando, le weekend écoulé,  n’a pas fait le traditionnel qui caractérise ce groupe musical. Il n’a pas drainé la grande foule. Déception et grand embarras, selon certaines gens. On fait croire que l’absence de Steeve Khé a été un handicap majeur pour cette formation musicale.  

Le vendredi 15 juin, le groupe Nu Look a animé une soirée à « Chez Mireille Restaurant », à Westbury, Long Island (NY).   Le samedi 16 juin, l’animation musicale était confiée à Nu Look, dans le cadre d’une excursion en bateau / « boat ride » / d’un tour en bateau autour de Manhattan, NY. Le bateau a laissé le port d’embarquement, sans Arly Larivière à bord.  Le maestro était arrivé en retard au lieu du rendez-vous. On le remarquait figé sur le quai, « l’homme sur le quai », priant, espérant que le bateau revienne. Sa prière a été exaucée. Le bateau était revenu pour le sortir de cette situation difficile. Il a été rescapé de cette eau trouble. Ainsi, il a pu rejoindre ses collègues musiciens qui s’inquiétaient de son absence. Était-ce un retard volontaire du maestro pour jouer à la vedette / superstar, pour «  Fè Chèlbè » comme l’a dit la  nouvelle chanson de Nu Look, ou bien est-ce la négligence du chauffeur qui le conduisait? À qui la faute? 

Aux États-Unis, les vraies superstars se déplacent toujours en longue Limousine « long stretch limousine », qui les attend aussi  jusqu'à ce que le spectacle se termine. C’est couteux, mais un promoteur qui ne peut offrir un tel luxe aux artistes n’est pas digne de ce titre. Cet incident impliquant Nu Look a provoqué des critiques acerbes à l’endroit d’Arly Larivière. Ce qui a porté un membre du réseau social  HB, un fan inconditionnel de Klass, à écrire un article sur ce qui s’était passé, sans vraiment connaître les vrais faits, d’après le promoteur Urbain Richard.  Cette disposition du signataire de l’article n’a pas plu à celui-là, qui l’a trouvée injuste et l’a critiquée sans réserve.  Même si on dit que celui qui ne dit rien consent,  le silence est bien un langage fort et complexe, surtout quand il s’agit de futilité. La division n’a jamais rien apporté de positif à l’humanité. Certaines gens du circuit HMI fomentent déjà un boycottage contre Nu Look, d’après une source digne de foi.  
Le groupe Klass était à Boston le weekend dernier. On apprend que cette formation musicale n’a pas réédité l’exploit qu’elle avait réalisé en Floride,  la veille du Compas festival de Miami. Tout comme Nu Look, Klass est aussi susceptible d’un boycottage de la part de certains animateurs de radio et de quelques promoteurs. Une réunion spéciale a été tenue à New York dans le but de planifier le boycottage, avec l’assistance d’un animateur caméléon « agranman »,  qui revient et gravite autour du noyau de Klass, et divulgue les secrets de ce groupe musical. Rat kay k ap manje pay kay. Circuit dangereux! Konplo pi fò pase wanga, dit le proverbe haitien. Atansyon pa kapon, se mèt kò k veye kò. 

On constate aussi que des promoteurs et des animateurs de radio sont divisés et s’entredéchirent. À quelle fin? L’on se demande si les compétiteurs ne s’entretueraient au cas où cette industrie musicale générait des millions par année (R. Noël) ? L’argent est un bon serviteur, mais un mauvais maître, nous enseigne le vieil adage. Pour qu’il y ait compétition, il faut que les autres existent. La tolérance devrait être considérée et utilisée comme un paramètre important pour l’avancement d’une société ou d’un peuple. La pratique d’une telle vertu aiderait aussi les musiciens qui comprennent qu’il existe une différence énorme entre compétition et polémique.  

La planification vaut mieux qu’un choix arbitraire

Face à la conjecture actuelle du marché musical konpa dirèk, on ne peut pas espérer que toutes les soirées dansantes réussissent. La situation s’aggrave de jour en jour, surtout avec la distraction que cause la Coupe du monde. Les musiciens doivent invoquer leurs saints patrons pour que le Brésil et l’Argentine avancent en seconde phase des compétions.  Si les sélections du  Brésil et de l’Argentine sont éliminées du Mondial, leurs sympathisants vont bouder les invitations aux soirées dansantes, tant en Haïti qu’en diaspora. La Coupe du monde de football ne devrait pas affecter les activités nocturnes si de bonnes structures avaient été mises en place. On devrait se préparer en conséquence pour empêcher que le Mondial ne trouble le calme entre citoyens d’un même pays. La violence n’a jamais été une solution.  

On note une certaine peur ou une grande prudence des groupes musicaux, à l’occasion de cette Coupe du monde. Si l’on fait fi des déclarations de Gazzman Couleur, il y aura une effervescence sur la scène HMI, après la Coupe du monde, quand Disip aura produit son nouvel album. Dans le langage vernaculaire haitien cela voudrait dire « pral gen kouri ». On espère que le chanteur vedette de Disip allie l’action à la parole. On souhaite que l’album auquel Gazzman fait référence soit d’aussi bonne facture que le dernier disque « Klere Yo » de Disip, tant sur le plan de la qualité musicale que de sonorité. 

Il n’y a pas que les musiciens qui s’inquiètent de l’accalmie constatée à l’occasion du Mondial 2018.  Les démarcheurs  /  « Koutye », qui essaient de trouver des contrats d’engagement pour les groupes musicaux, sont très essoufflés en ce moment. Ils ne savent à quels saints se vouer, et saint-centime se fait rare (R. Noël).  Ils doivent certainement adopter des stratégies scientifiques fiables pour compenser le manque à gagner qui résulte des effets de la Coupe du monde. On doit faire son lit avant de se coucher, car la planification en business vaut mieux qu’un choix arbitraire. 
 

Animateur (s)

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