La multiplication des cérémonies de remise de prix « Haitian Music Awards »: Un phénomène incontrôlable

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Dans toute industrie musicale structurée, on organise une cérémonie annuelle de remise de prix « Music Awards » dans le but d’honorer des artistes pour leurs grands accomplissements dans le monde de la musique. Certains paramètres sont pris en compte pour qu’un artiste ou un groupe musical soit nominé et ait la possibilité de gagner un prix « Award ».

Les nominations sont basées sur la quantité de disques vendus pendant l’année, la fréquence de diffusion des œuvres d’un artiste ou d’un groupe sur les ondes, les chiffres d’affaires d’un groupe / artiste, les activités liées à l’artiste sur les réseaux sociaux, le nombre de visiteurs des sites de vidéos d’un artiste ou d’une formation musicale et le vote du grand public. Ce sont donc ces paramètres que valorisent les organisations mondiales de remise de prix.

L’unité dans la diversité: Un paramètre de changement sûr

Dans la communauté haïtienne des États-Unis, une cérémonie de remise de prix « Haitian Music Awards» est organisée chaque mois, sans tenir compte des pré-requis de nomination. On a eu une remise de prix en décembre 2017, une deuxième en janvier 2018, une autre en février et la plus récente en mars. On est certain qu’une autre sera organisée en avril 2018 et ce ne sera pas la dernière. Il faut dire qu’aucun de ces organisateurs ne peut déclarer le chiffre exact du nombre de disques vendus par chaque groupe musical. D’ailleurs, les disquaires haïtiens n’ont jamais utilisé un scanner de barre code pour aider en ce sens.

Aucun groupe musical n’est en mesure de préciser la fréquence de diffusion de leur musique sur les ondes ou bien le nombre de disques vendus, voire ces organisateurs de remise de prix qui ne s’y connaissent pas dans le domaine. L’idée d’organiser une cérémonie de remise de prix « Haitian Music Awards » est bonne, mais la fréquence avec laquelle ces événements sont organisés ne reflète pas l’esprit de reconnaissance des valeurs artistiques. On arrive à un moment où tout le monde tente d’offrir une telle cérémonie. Ils les titrent de tous les noms : « Glorious Haitian Music Awards », « Best Haitian Music Awards », « HMI Music Awards », etc.

  1. ne s’étonne pas de voir des noms comme : « Karavan Haitian Music Awards », « Tripotay Haitian Music Awards », «PetroCaribe Haitian Music Awards », « Ka Madan Bruno Haitian Music Awards », « Ti sourit Haitian Music Awards », etc. C’est comme si chacun se dit : « Ban m fè yon Haitian Music Awards tou ». Aucun de ces organisateurs de remise de prix ne bénéficie d’une exonération fiscale (tax exemption en anglais). Ils sont obligés de fixer des frais d’admission. Donc, c’est une activité à but lucratif. À partir d’une telle analyse logique, on peut dire qu’il s’agit d’une question d’intérêts personnels.

Ne serait-il pas plus intéressant si ces concernés s’unissent pour présenter une seule cérémonie de remise de prix « Haitian Music Awards » par année? Ils peuvent, s’ils le veulent, présenter l’événement dans une ville différente à chaque édition. En général, dans les industries musicales réglementées, ce sont des organisations et des personnalités connues qui se chargent d’un tel événement culturel. Avec tous ces « Haitian Music Awards », on est perdu, on est pris dans un labyrinthe.

L’omniprésence de l’hypocrisie dans l’univers musical haïtien

Des organisateurs de « Haitian Music Awards » coupent l’herbe sous le pied d’étroits collaborateurs et également de leurs compétiteurs. On se rend bien compte que la haine, la jalousie et l’hypocrisie dominent le secteur de la musique et du divertissement. On ne pourrait s’imaginer qu’à la veille ou l’avant-veille d’une remise de prix « Haitian Music Awards » que les membres d’une autre organisation appellent les responsables de l’amphithéâtre, où allait se dérouler la cérémonie, pour leur dire que des membres d’un gang vont venir briser les chaises, les fenêtres de la salle pour créer une situation de tension et de violence dans l’enceinte.

Pris de peur, les responsables du lieu du spectacle ont dû rapporter un tel fait aux autorités concernées. Et, ils ont ensuite annoncé aux organisateurs de la soirée de remise de prix « Haitian Music Awards » qu’ils ne pourront plus utiliser leur espace pour présenter leur cérémonie. En deux occasions, l’annulation de l’événement a été annoncée un jour avant la date de la présentation. Dans un cas, on a accusé un animateur de radio de Miami. Dans un autre, on a pointé du doigt une dame qui a aussi été victime de boycottage à l’occasion de sa soirée de « Haitian Music Awards » qu’elle avait programmée. Quelle satisfaction peut avoir quelqu’un dans une telle pratique? Dans d’autres occasions, à travers la rumeur publique ou le téléphone arabe (Teledyòl), ils font circuler des nouvelles faisant croire que la cérémonie de remise de prix n’aura pas lieu. C’est incroyable. Ka nou grav !

Une collaboratrice a dû laisser ses associés pour aller créer une association personnelle de remise de prix, dans le but d’organiser sa propre cérémonie de « Haitian Music Awards ». Elle a utilisé le même titre que son ancienne appartenance. Elle l’a aussi baptisée du nom de « PHMA». Cela prouve automatiquement que l’association originale dont elle est issue n’est pas légalement enregistrée, ni non plus celle qu’elle utilise. Autrement, cette première organisation intenterait une action en justice contre la personne qui utilise le nom. D’ailleurs, aux États-Unis, quand on enregistre le nom d’une organisation, le département du commerce s’assure que ce même nom n’est pas déjà utilisé par une autre entité de la même ville.

On peut dire qu’aucune de ces cérémonies de remise de prix « Haitian Music Awards » n’avait satisfait les espérances des organisateurs et du public qui avait fait le déplacement. Face à de telles situations, les musiciens ne prendront au sérieux aucune de ces organisations. Un musicien m’avait personnellement déclaré que son groupe ne se présenterait à aucune de ces simagrées s’il ne reçoit un cachet des organisateurs, puisque, dit-il, ces derniers gagnent de l’argent aux dépens des musiciens. Voilà la forme de pensée d’un musicien qui ne valorise pas le geste d’honneur! Cela risque d’affecter de manière négative de telles cérémonies dans le futur. Tout ce tumulte montre bien que l’industrie haïtienne de la musique fonctionne à l’image du pays. On aurait tendance à dire qu’il existe autant d’organisations de remise de prix « Haitian Music Awards » que de partis politiques haïtiens.

Après pareils échecs, ces responsables de remise de prix auraient dû penser à d’autres stratégies pour regagner la confiance du public. Ils donnent déjà rendez-vous pour 2019. Face à une telle attitude, l’on se pose la question à savoir : quelle est la source de financement de ces entités, puisqu’elles n’ont pas de sponsors valables ? Car les organisateurs font venir des musiciens, des animateurs de radio et des journalistes culturels d’Haïti, de l’Europe, de certaines villes des États-Unis et du Canada. Ils sont logés et nourris à l’hôtel, aux frais des responsables de l’événement culturel. C’est couteux.

De source sûre, on apprend que deux des organisateurs de cérémonie « Haitian Music Awards » ont été rapportés par un compétiteur au bureau du Service d’Impôt sur le Revenu (IRS) des États-Unis, pour évasion fiscale. Pourtant, les dénonciateurs aussi fonctionnent illégalement dans le circuit de la musique. Le jeu devient brutal en Floride. Sous l’égide de la confraternité, on souhaite qu’ils s’entendent, puisqu’ils disent qu’ils travaillent tous pour l’avancement et le bien-être de la culture haïtienne.

Animateur (s)

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