Kévens Prévaris en résidence artistique au Canada

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Né en 1979, Kévens Prévaris est un ancien de l’École Nationale Supérieure des Arts (ENARTS). Diplômé en sociologie (Faculté des Sciences Humaines de l’UEH), il a fait sa maitrise à Bruxelles à l’École nationale d’arts visuels de la Cambre (ENSAV). Partout où il passe, il laisse toujours entendre qu’il n’a pas choisi l’art. Il a peut-être raison, car on n’a pas toujours une grande liberté de choix pour permettre un « soi authentique ». On est souvent en quête d’approbation externe ou de désirabilité sociale. Autrement dit, un choix peut être influencé par plusieurs facteurs d’ordre structurel et conjoncturel, par la pression de l’environnement familial ou communautaire, par les attentes culturelles ou les normes sociales.

Très jeune, soit depuis à l’âge de 14 ans, « Bawon Lakwa » a fait preuve de ses talents de peintre. Mais, il n’a pas toujours été conscient de ce mode de vie artistique, de ses désirs de jeune dessinateur. L’art a choisi le fils du Limbé et ce dernier l’a adopté pour qu’il puisse se mettre au service du bien commun. Il refuse de pratiquer l’art pour lui-même. C’est d’ailleurs ce message qu’il a bien voulu faire passer lors de sa résidence à l’Ontario, au centre culturel « le chenail », pendant un mois d’exposition de ses réalisations, soit du 10 septembre au 7 octobre 2018. Durant sa résidence, Kévins Prévaris en a profité pour faire des ateliers de médiation culturelle. « Paradoxe » a été le titre de l’exposition qui a témoigné de sa double influence : Haïti et Belgique. Dans ses toiles, il met en exergue les préoccupations de sa terre natale : crise politique, misère, catastrophes naturelles, etc. Les problèmes de la planète l’interpellent. Ses peintures sensibilisent aux enjeux du changement climatique et aux risques correspondants. Le déséquilibre des écosystèmes, le déséquilibre environnemental par la déforestation nous inquiète de plus en plus. « Comment produire un langage authentique et porteur de sens dans un monde de libre-échange où tout est marchandisé, où des frontières se dressent face aux opprimés ? », se demande-t-il. Il est l’un des chefs de file du « mouvement Loray », qui a occupé une place exceptionnelle dans le renouveau de l’art haïtien. Ce mouvement prônait un art au service du changement social mélioratif.

Les œuvres constituant l’exposition « Paradoxe » de Kévins Prévaris proposent une approche à la fois libérée et surréaliste du monde : des palmiers arides, des planchers en damier, des montagnes, des oiseaux, etc. Richenel Ostiné, actuel président de l’association des étudiants haïtiens et antillais de l’Université Laval, livre ses impressions sur l’ exposition : « outre le cadre pittoresque, le décor attrayant, la portée symbolique du lieu (C’est un lieu de mémoire, un témoin privilégié des grandes rencontres culturelles, artistiques et littéraires depuis 2 siècles dans la région franco-ontarienne), j’ai aimé la posture adoptée par Kévins Prévaris quand il s’agissait d’intervenir, de temps en temps, pour contextualiser, pour raconter son histoire et, à chaque fois, il termine ses prises de paroles sur la responsabilité sociale et citoyenne de l’artiste. Il l’a dit et il l’a mis en peinture, dans l’état du monde actuel et par rapport aux enjeux contemporains comme le réchauffement climatique, entre autres, l’artiste à la responsabilité de s’engager socialement ».

L’art est un véritable paradoxe, une ouverture sur le monde, nous dit Kévens Prévaris. « D’Haïti au Canada en passant par la Belgique, les problématiques liées à ce voyage triangulaire contemporain sont à la fois semblables et différents, il faut juste creuser un peu et on s’en prend plein dans le visage ». Durant le séjour, l’artiste a eu le courage de produire 24 objets/images. « Ces réalisations symbolisent les agissements de toute une vie en quête d’une certaine vérité esthétique privilégiant la dignité humaine et le bonheur collectif », nous confie Ricarson Dorcé, doctorant en ethnologie et patrimoine (Université Laval).

Fritz Laventure

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