Des jours gras bien maigres dans quelques villes

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Carnaval 2019 - Source Ticket

A défaut d’un carnaval national, des villes ont organisé à leur manière des festivités carnavalesques pendant les trois jours gras. Ce fut le cas des Cayes, des Gonaïves (où devait se tenir le carnaval national), du Cap-Haïtien ou encore de Carrefour. Des jours gras bien maigres, vu les circonstances.

Annoncées sur fond de discorde entre Gabriel Fortuné, maire démissionnaire de la ville, et le sénateur Jean-Marie Salomon, les festivités carnavalesques se sont déroulées effectivement aux Cayes, les  4, 5 et 6 mars. Des groupes notamment Sweet Micky, Rockfam, entre autres, ont assuré l’animation pendant ces festivités dans la deuxième ville du pays. Pendant le premier jour gras, Michel Martelly et sa bande ont été accueillis par des jets de pierre à certains endroits du parcours.

Les deux derniers jours gras se sont déroulés sans trop de difficultés à la satisfaction de la foule qui s’est amusée comme si de rien n’était.

Gonaïves rate son carnaval national

Beaucoup de Gonaïviens ont l’impression que le carnaval, au fil des années, se meurt dans la cité de l’Indépendance. Encore en 2019, les activités largement perturbées par la situation sociopolitique se sont déroulées sans tambour ni trompette. Aucun thème n’a été retenu. Mis à part le stand de la mairie, aucune autre installation n’a été érigée sur le parcours. Ne parlons pas de l’absence de l’éclairage et du décor qui font la beauté même de cette grande fête populaire.

La grand-rue et la rue Fabre Geffrard, deux principales zones du parcours, étaient quasiment vides. Les bandes les plus populaires, dont Laloz, Staff, Yayad et Talonad, n’ont pas drainé la grande foule comme d’habitude. Un fait inédit. Malgré tout, elles ont offert de très bonnes prestations. Une vraie preuve de motivation. « Le carnaval est une tradition. C’est plus fort que la crise sociopolitique qui secoue notre pays », a indiqué une carnavalière.

Durant les trois jours gras, l’animation musicale a été assurée exclusivement par des artistes locaux qui ont donné le meilleur d’eux. Les deux chars ont été partagés entre Marshelle, Soyeto, Frajil Mizik, Level Konpa, DJ Pendenden et DJ Dozz. La sonorisation n’était pas au top. Avec une animation acceptable, la rappeuse Marshelle et le groupe Frajil Mizik se sont distingués des autres.

Trois mini chars allégoriques tirés par les motocyclettes du service de la voirie ont été remarqués sur le parcours. Les danseurs ayant défilé les 4 et 5 mars sur le macadam ont, en quelque sorte, rehaussé les festivités. Selon la majorité des Gonaïviens, surtout des amants de l’art, ce carnaval a laissé un goût de fiel. De leur avis, les activités ont terni l’image de la cité de Jacques Stephen Alexis. Les publications sur les réseaux sociaux en disent long.

Les autorités concernées n’ont pas encore fait le bilan de ce carnaval particulier, comme le maire Neil Latortue l’avait souligné. En vue de réaliser les activités de cette année, le ministère de la culture avait alloué une enveloppe de 4 millions de gourdes à la mairie des Gonaïves.

Au Cap-Haïtien …

En dépit d’une faible participation populaire au défilé carnavalesque et la non-participation des orchestres Tropicana et Septentrional, les organisateurs se sont montré satisfaits du déroulement de cette grande fête populaire dans la cité christophienne. Quatre formations musicales, Gamax, Anbyans, Bèl Look et Alez, ont performé durant les trois jours gras dans le centre-ville. Outre ces groupes musicaux, une trentaine de bandes à pied et des plusieurs groupes déguisés ont également investi les rues du Cap-Haïtien. La police n’a dénombré aucun mort. Cependant, 11 personnes ont été blessées par arme blanche. La police a aussi procédé à sept interpellations. Pour ces festivités, le comité organisateur a bénéficié d’une allocation d’un million cinq cent mille gourdes. « Avec un tel budget, on ne pouvait faire grand-chose », a avancé Patrick Almonor, coordonnateur du comité, en conférence de presse, ce mercredi.

Tropicana et Septentrional : les grands absents

L’absence des deux titans de la musique haïtienne au défilé carnavalesque a grandement joué contre le succès du carnaval de cette année au Cap-Haïtien.

Malgré la sortie de leur meringue carnavalesque et le succès qui s’en est suivi sur les ondes et les réseaux sociaux, les deux orchestres ont préféré boycotter le défilé carnavalesque, arguant que la situation sociopolitique du pays ne leur est pas favorable.

Dans une correspondance adressée au conseil municipal, Tropicana justifie sa non-participation au défilé carnavalesque à cause « du climat sociopolitique délétère qui se développe actuellement au sein de ville […] et le manque d'organisation qui entoure le carnaval de cette année ».

De son côté, Septentrional prend en cause « le contexte sociopolitique qui prévaut actuellement dans le pays... qui n’a pas permis à l’orchestre Septentrional de réunir toutes les conditions favorables à une participation adéquate au défilé carnavalesque cette année ».

Deux jours gras bien maigres à Carrefour

Carrefour est la seule commune du département de l’Ouest à avoir organisé des festivités carnavalesques. L’expression « à qui mieux mieux » a trouvé tout son sens pendant ce « carnaval » dans la ville de Jude Edouard Pierre. Le carnaval semble avoir surpris les autorités, comme la plupart des Carrefourois, ignorant encore que la fête était encore au programme, après que des manifestants hostiles contre le pouvoir en place avaient démoli et brûlé des « stands » en guise de protestation. Le temps de trouver quelques planches et quelques seaux de peintures pour construire quatre stands…

Entre deux chars dits « allégoriques », le mythique Boukman Eksperyans a assuré l’animation pour quelques centaines de personnes. Des Djs ont joué leur partition pour faire danser des Carrefourois, réputés fêtards invétérés en dépit d’un carnaval qui n’avait de carnaval que le nom.

Valéry Daudier

Jodherson Cadet

Gérard Maxineau

Sindy Ducrépin

Source Ticket Magazine

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