Freestyleur rap : Pour l’amour du Hip-Hop

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Skyfm

Rappeurs, trappeurs, graffeurs, Disc-Jockeys, break-danseurs… voilà comment brièvement dresser le portrait de famille du Hip-Hop vu dans un prisme haïtien. Dès l’avènement du rap kreyòl, à la deuxième moitié du XXe siècle, des artistes se revendiquant de la rue ont exprimé leur besoin de dire leur réalité de jeunes des quartiers populaires. Entre un nécessaire souci de revendiquer une quelconque reconnaissance individuelle et de porter les désidératas des congénères, le pratiquant du “street art” s’est fait catalyseur de la réalité de son “ghetto”.

Certains trouveront dans les bombes de spray, l’arme adéquate pour peindre le beau, éjecter son imaginaire, mais aussi critiquer les dérives sociales. D’autres tenteront d'extérioriser la passion, l’amour du street et leur rage dans des gestes (Les break-danseurs). Le hip-hop contiendra quand même dans ses rangs des arts plus “Soft”. Ce sera le cas du trap, entraînant mais décrié par certains, taggé d’illégitimité pour ne pas rester dans la lignée du hip-hop, étant un art rebel. Le trappeur amuse, s’amuse, se dénoue de positionnement. Qui peut prétendre faire du hip-hop, sans prendre position ?

Si la culture du disc-joking voit le jour au balbutiement du hip-hop, pour certains cette pratique se pâlit de plus en plus dans les rangs de la famille. Le Dj haïtien connaît trop peu l’histoire de l’art qu’il pratique et se laisse facilement entraîner par toute nouvelle tendance sonore. Un choix vers la facilité pour beaucoup, qui reproche au Dj du terroir de pouvoir plus facilement s’adapter au goût du moment que de rester souder au rap. Le Dj haïtien mixe, anime. Pas beaucoup de Djs choisissent de projeter qu’exclusivement du rap. Mais le disc-jockey n’est-il pas dès son origine, un souci d’animer le public, de mixer des sons (Peu importe son origine) ? Voilà donc un membre frivole de la communauté hip-hop, devant avant toute chose provoquer la danse chez son auditeur.

Depuis un certain temps, un phénomène gagne les réseaux sociaux. Certains se revendiquent freestyleurs ! Leur art : improviser en lançant des punchlines. Propulsé par une émission de radio en particulier, Whatup Sky Show sur Sky fm. Cet art timide au départ dont un certain Bob Cailloux, MechansT et consorts portaient l'étendard, se popularise pour devenir le moyen d'expression d’une vingtaine de jeunes. Les vues sur youtube se comptent par millions pour des freestyleurs qui se clashent aisément. Team Collabo, Kelly Alleluia, Numéro 10, Fat le sage, Jee-C, Steevy Boy… la liste est longue pour énumérer ceux-là qui ont fait  du punchline improvisé, un mode de vie.

Cet art de la performance (Le freestyle rap) qui voit le jour au milieu des années 80 aux Etats-Unis d’Amérique du Nord, permet à de talentueux jeunes haïtiens aujourd’hui de se dire, en alliant audace poétique et musicalité spontanée. Tout cet effort témoigne d’un amour de la culture hip-hop. Produire du sens, du beau dans l’intelligence de l’instant, voilà en quoi consiste l’art de ces jeunes qui portent le rap à bras le cœur.

Ces jeunes freestylers-rappeurs haïtiens font dans leur langue vernaculaire ce que Juice Wrld, Iam, Xmen, Cool Shen, Flex Busta, pour ne citer que ceux-là, arrivent à dire spontanément dans la leur. Il ne reste qu’à espérer qu’être freestyleur-rappeur pourra se dessiner comme un choix de carrière dans ce pays où l’artiste ne vit pas toujours de son art. Et pourquoi pas? Continuons à espérer que cet art laissera le seuil du clash pour proposer aux plus exigeants plus de trouvailles poétiques.

Ricardo Nicolas

Journaliste culturel

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