Dany Laferrière : l’odeur agréable de la vie à Petit-Goâve

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Dany Laferrière - L'Odeur du Café

« L’odeur du café » de Dany Laferrière, cette prose très touchante, traite de l’enfance de l’écrivain, de ses amitiés (Auguste, Frantz, Rico, etc.), de son premier amour (Vava, la petite fille à la robe jaune), de la mort (celle de son grand-père et celle de Sylphise, une petite fille de son âge), de ses ancrages, mais c’est avant tout un hommage à la ville de Petit-Goâve à travers sa grand-mère Da qui offre gentiment le café à tous les passants. Ce café des Palmes que Da adorait tant.

On est en 1963, sous le régime répressif dictatorial du docteur président François Duvalier, dit Papa Doc. C’est le récit d’un petit garçon passant de magnifiques vacances à Petit-Goâve, assis sur une galerie ensoleillée de briques jaunes. C’est une chronique de l’enfance publiée en 1991, à Montréal, chez VLB éditeur. Une œuvre autobiographique où l’adulte devenu auteur laisse la parole à l’enfant narrateur qu’il était. L’adulte se retrouve, sans nul doute, dans le récit de l’enfant. L’enfance est peut-être « tout ce qui reste après avoir tout oublié ».

 

Le récit est divisé en sept parties et en plusieurs courts chapitres ponctués par des sous-titres qui se suivent, mais ne se ressemblent pas forcément. Des spectacles de tous les jours s’y déploient et surtout une diversification des éléments en lien avec la vie : gouttes de pluie, ciel, mer, vent, cocotiers, chaleur, fourmis, araignées, chien, couleuvre, chevaux, lézard, tantes, mère, grand-mère, voisins, match de foot-ball, balades à bicyclette, fête, café, déjeuner, sieste, chaise, mangues, paysans, etc. Ce récit discontinu peut se lire d’un trait. Il est fait d’humour, de choses simples, de petites aventures, de regards, de visages, de rêves, d’histoires entendues, de superstitions, de passions, d’images, de couleurs, d’anecdotes et de parfums. Un jeu de lumière et d’ombre. Le langage utilisé est très authentique et singulier.

« L’odeur du café » est une anthologie de souvenirs d’enfance de l’auteur à Petit-Goâve. Entre Dany Laferrière et cette ville, c’est toute une histoire d’amour. On se souvient de la fameuse date du 12 décembre 2013, trente années après l'entrée du premier Africain à l'Académie française, Léopold Sédar Senghor. Les jeunes petit-goâvien.ne.s étaient très heureux de voir un compatriote rejoindre la plus prestigieuse institution en matière de langue française. Dany devient le plus jeune membre à siéger sous la coupole au fauteuil numéro deux qui a été déjà occupé par Montesquieu et Alexandre Dumas fils. Il est cette année, et ce pour une deuxième fois, l’invité d’honneur de Livres en folie.

Extrait du récit :

"J'ai passé mon enfance à Petit-Goâve, à quelques kilomètres de Port-au-Prince. Si vous prenez la nationale Sud, c'est un peu après le terrible morne Tapion. Laissez rouler votre camion (on voyage en camion, bien sûr) jusqu'aux casernes (jaune feu), tournez tranquillement à gauche, une légère pente à grimper, et essayez de vous arrêter au 88 de la rue Lamarre. Il est fort possible que vous voyiez, assis sur la galerie, une vieille dame au visage serein et souriant à côté d'un petit garçon de dix ans. La vieille dame, c'est ma grand-mère. Il faut l'appeler Da. Da tout court. L'enfant, c'est moi. Et c'est l'été 63. Da boit son café. J'observe les fourmis. Le temps n'existe pas."

 

Ricarson DORCE

Author

Détenteur d’une licence en psychologie, d’un diplôme de premier cycle en droit et communication sociale, d’une maîtrise en histoire, mémoire et patrimoine ainsi que d’un diplôme de deuxième cycle en sciences du développement, Ricarson Dorcé est doctorant en ethnologie et patrimoine (à l'Université Laval,...

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