Célébration du centenaire de Nemours Jean-Baptiste : Une preuve de reconnaissance

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La reconnaissance est un acte manifesté à l’égard de quelqu’un de qui on reçoit un cadeau ou un bienfait, aussi petit qu’il puisse être. Seuls les ingrats négligent de reconnaître l’œuvre d’un bienfaiteur. La vie même se fonde sur la dualité. Quand on reçoit un cadeau, il est de coutume de remercier le donneur. La dualité du compas direct réside dans le fait qu’il est à la fois un genre musical et une danse Même ceux qui s’opposent au compas direct savent comment le danser (J.R.Noël).

Si le compas direct d’aujourd’hui s’affaiblit et diffère de l’original, dans la forme et le fond, on ne peut imputer les problèmes à Nemours Jean-Baptiste. Malgré les grandes difficultés, les musiciens d’aujourd’hui, tant bien que mal,  vivent de la musique. Nemours Jean-Baptiste a tracé un chemin, donc on lui doit reconnaissance. D’ailleurs, tous ces artistes musiciens d’aujourd’hui parlent du compas direct comme un héritage qu’il leur a légué. Est-ce pourquoi qu’à l’occasion de son centenaire, le 2 février 2018, on lui a rendu hommage.

Nemours Jean-Baptiste au centre de l’histoire de la musique de danse haïtienne

Né le 2 février 1918, Nemours Jean-Baptiste a été témoin de grands événements qui avaient marqué son existence. Ce 2 février 2018, jour de La Chandeleur, il aurait 100 ans, s’il vivait encore parmi nous. On ne pourrait laisser passer inaperçue cette occasion sans lui rendre un hommage posthume, considérant ce qu’il représentait et représente encore pour la culture haïtienne.  

À travers le compas direct, ce genre musical qu’il a su imposer aux haïtiens, particulièrement aux générations de musiciens qui l’ont succédé, on célèbre sa vie tous les jours, mais de façon plus spéciale ce 2 février 2018. Ce qui confirme que la vraie mort c’est l’oubli. Le maestro Nemours Jean-Baptiste n’est pas oublié puisque ses œuvres continuent de vivre. Son nom et ses œuvres défient le temps. 

Sans son apport à la musique de danse haïtienne et son ouverture d’esprit, les mini-jazz n’auraient pas existé. C’est bien Nemours Jean-Baptiste qui avait accordé la possibilité au groupe Les Shleu Shleu de Dada Jacaman, à l’intermède à Cabane Choucoune, en décembre 1965, de jouer pour la première fois devant un grand public. Nemours pouvait, s’il le voulait, ne pas accepter. Cela avait prouvé sa compréhension et sa bonté de cœur, mais plus important encore sa grande ouverture d’esprit. C’est triste de constater qu’aujourd’hui certains groupes musicaux ne veulent pas donner la chance aux formations en herbe, refusant de jouer en tandem avec elles. 

Les œuvres de Nemours Jean-Baptiste sont immortelles. Vraiment, elles transcendent le temps et doivent être considérées comme un patrimoine culturel qu’il faut bien conserver et protéger. Il est impossible de quantifier les tubes « hits » du répertoire du Super Ensemble Nemours Jean-Baptiste, tellement ils sont nombreux. Parmi les plus connus, on peut citer : « Ti Carole », « Compas Cabane Choucoune », « Infidélité », « Les Trois dangers », « Immortel Compas » et « Viv Konpa dirèk ».

L’Ensemble Nemours Jean-Baptiste jouissait d’une grande popularité. La simplicité rythmique de l’original compas direct lui a valu cette notoriété. Si ce genre musical a dominé la scène pendant longtemps, on le doit à Nemours Jean-Baptiste. S’il vivait encore, il aurait peut-être reproché aux musiciens d’aujourd’hui leur égoïsme et leur déviation du pur compas direct en y insérant des éléments qui dénaturent son essence. Les musiciens n’ont rien organisé à l’occasion du centenaire de Nemours Jean-Baptiste. Ils ne connaissent même pas l’histoire du compas direct. Ils n’évoluent que dans leur petit cercle. 

Qu’on ne s’étonne pas si les promoteurs et les musiciens organisent des soirées sous un libellé utilisant le centenaire de Nemours Jean-Baptiste pour motiver les gens. Ils peuvent présenter un format comme celui-ci : Dans le but de célébrer le centenaire de Nemours Jean-Baptiste, X & Y productions présentent le groupe XXY en soirée à … Si cela se fait, que les enfants de Nemours Jean-Baptiste les traduisent en justice. On doit monter la garde pour empêcher que cela se fasse. Des avocats spécialisés dans le domaine des arts et spectacles peuvent aider en ce sens.   

Nemours Jean-Baptiste : Un vrai innovateur

Grace à son intelligence pratique, Nemours Jean-Baptiste a pu réaliser des choses qui défient l’imagination. Par exemple, il a su maintenir l’harmonie entre les musiciens, et son esprit créatif fit de lui un vrai innovateur. Il avait introduit la guitare électrique quand il sentait le besoin. Il a eu le soin d’éliminer les timbales pour faire place à la batterie. Il a écarté le tom basse (floor tom - en anglais) de la batterie pour créer la combinaison cloche à vache (cowbell) et tombasse (le gong). Il avait fait choix de Ti Boston comme tom bassiste (gongiste). 

Après le départ de Richard Duroseau, il avait modifié la configuration de l’Ensemble en ajoutant l’orgue. Il avait même osé introduire un vibraphone, mais remarquant que cet instrument ne répondait pas vraiment au besoin de l’heure, il l’avait vite abandonné. N’est-ce pas là une preuve de son intelligence pratique? 

Nemours Jean-Baptiste vit encore dans le cœur de tous ceux qui ont su apprécier la valeur des démarches qu’il avait entreprises pour doter Haïti d’une autre forme de musique de danse. Le moment est venu aujourd’hui, à l’occasion de son centenaire, de le remercier et lui exprimer notre gratitude. La célébration de son centenaire est un devoir de mémoire et un signe de grande reconnaissance.