L’une des principales écoles de journalisme, le CFJ, renonce aux épreuves écrites d’admissibilité

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Le Centre de formation des journalistes, à Paris, modifie son concours d’entrée 2018, afin de « ne plus passer à côté des profils les plus créatifs »

Tout est parti d’une frustration. Celle du jury du concours d’admission au Centre de formation des journalistes (CFJ), à Paris : « Chaque année, les meilleurs à l’écrit étaient les moins bons à l’oral », dit Julie Joly, la directrice de cette école de journalisme. Il a fallu se résoudre à l’admettre : sans doute la nature des épreuves écrites d’admissibilité — pour moitié des questionnaires à choix multiples (QCM) d’actualité et de culture générale — y était-elle pour quelque chose.

La direction de l’école a donc annoncé le 1er mars qu’elle renonçait à toute épreuve d’admissibilité écrite, « afin de ne plus passer à côté des profils les plus créatifs ». Une décision surprise, alors que les inscriptions au concours 2018 sont ouvertes depuis le 8 janvier et seront closes le 29 mars.

Les candidats admissibles pratiquaient jusqu’ici le bachotage à haute dose. « Ils pouvaient avoir la meilleure mémoire possible, (…) ils n’étaient pas journalistes. Ils n’avaient pas de recul sur l’actualité, ils ne se posaient pas de questions sur ce qu’ils lisaient, ne s’interrogeaient pas beaucoup sur le métier lui-même, étaient très peu conscients de l’engagement personnel que demande ce métier. Il n’était pas question pour eux de vocation ou d’engagement civique », décrit Julie Joly, dans un entretien à l’agence de presse AEF.

Un dossier d’admissibilité à remplir chez soi

Pour intégrer l’école, les candidats devront remplir, d’ici au 16 avril, un dossier d’admissibilité composé de vingt-deux questions et divisé en trois parties : leur personnalité, leur connaissance du métier de journaliste et leur créativité et culture en lien avec l’actualité. « Vous avez carte blanche pour dix minutes d’interview : qui choisissez-vous et pourquoi ? », « Décrivez un endroit extraordinaire situé à moins de 10 kilomètres de chez vous », « Y a-t-il une pratique qui vous heurte dans les médias ? », « Citez une innovation récente qui marquera le journalisme » figurent parmi les questions posées dans ce dossier, détaille le CFJ dans un communiqué de presse.

Bien sûr, « quand on travaille chez soi, on peut se faire aider, quelqu’un d’autre peut le faire à votre place », poursuit Julie Joly, consciente du biais que peut représenter une épreuve sur dossier à domicile. « Mais en fait, se faire aider, se faire renseigner, fait aussi partie du métier. Ce qui compte pour moi, c’est ce que les candidats présentent. Avant, toutes les réponses étaient tellement travaillées en prépa’ qu’elles devenaient hyper conventionnelles. On avait quasiment les mêmes citations, les mêmes experts. Là, il ne peut pas y avoir deux histoires semblables, car ce sont des histoires personnelles. »

De réforme en réforme, la revanche de l’oral

Epreuves orales et écrites pour les candidats admissibles
Pour les candidats admissibles, les épreuves d’admission, qui se dérouleront entre le 24 mai et la 30 juin, ne changent pas. Elles prendront la forme d’un entretien de motivation, d’un oral d’actualité, de culture générale et d’anglais, d’une épreuve écrite d’analyse de texte et de français, et un reportage à réaliser en une journée sur un sujet imposé.

Le concours nouvelle version (299 euros de frais d’inscription) coûtera entre 15 % et 20 % plus cher à l’école, soit un coût total d’environ 60 000 euros (frais de conception, de relecture des dossiers et d’indemnisation des membres de jurys). « Avec quatre cents à huit cents candidats et des dossiers de vingt-deux questions, c’est monstrueux. Avant, c’était quatre épreuves, dont deux étaient corrigées par des machines de QCM. Mais il s’agit d’un investissement pour l’école », relève Julie Joly. Les frais de scolarité bondissent eux aussi, passant de 4 960 euros à 6 790 euros par an (les boursiers, soit 30 % des élèves de l’école, continueront à payer 2 750 euros par an). Une hausse que la directrice justifie par la perte de 90 % du montant perçu par l’école au titre de la taxe d’apprentissage en dix ans.

Par SOAZIG LE NEVÉ source:Le Monde

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