Brésil : l'extrême droite en bonne position

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Jair Bolsonaro

La corruption, la violence et la crise économique ont poussé les Brésiliens dans les bras du sulfureux populiste Jair Bolsonaro, qui affrontera le poulain de Lula, Fernando Haddad, dans trois semaines.

Les électeurs brésiliens ont donné un grand coup de balai parmi les politiciens traditionnels et ont plébiscité Jair Messiah Bolsonaro qui voit la route de la présidence largement dégagée. Le populiste d'extrême droite a raté de peu son pari d'être élu dès dimanche, lors du premier tour de la présidentielle, et affrontera Fernando Haddad, l'héritier de Lula, dans trois semaines. Il devance son challenger de 17 points, avec 46 % des voix contre 29 %. La corruption, la violence et la crise économique ont poussé les Brésiliens dans les bras du sulfureux capitaine de réserve. À son ouverture lundi matin, la Bourse, euphorique, a bondi de près de 6 % et le dollar a chuté de 3 %. Les marchés se sont ralliés en masse au député de Rio, récemment converti au libéralisme et souvent qualifié de «Trump tropical».

Des manifestations spontanées ont éclaté quand les résultats ont été connus. À Rio comme à Sao Paulo, dans le quartier résidentiel de Jardins, on entendait des «EleNao» (Lui non), slogan de ralliement des anti-Bolsonaro, répondre aux «EleSim» (Lui oui) criés par les fenêtres, annonçant un second tour encore plus tendu dans une société brésilienne extrêmement divisée. Par son style d'homme fort et ses outrances vis-à-vis des femmes et des minorités, le «Capitao» (capitaine) de 63 ans est le «frère politique» du président philippin Rodrigo Duterte, estime le politologue Mauricio Santoro, de l'Université de l'État de Rio.

Bolsonaro devrait poursuivre une campagne très active sur les réseaux sociaux, avec l'aide de groupes qui ont diffusé massivement fausses nouvelles et informations douteuses, prenant modèle sur la campagne victorieuse de Trump

Dimanche, devant sa résidence à Rio, des automobilistes passaient en klaxonnant et en agitant des drapeaux brésiliens. «Après toutes ces années dans la politique, Bolsonaro est le seul à ne pas être corrompu. Le plus grand mal qui existe au Brésil est la corruption», a affirmé Mario Botteglio qui prenait un selfie avec sa femme, Rosangela.

Dès lundi matin, Jair Bolsonaro et Fernando Haddad, 55 ans, ont repris leur campagne en vue de leur duel le 28 octobre. Le premier geste du candidat du Parti des travailleurs (PT) devait être une visite à son parrain politique Luiz Inacio Lula da Silva en prison pour corruption à Curitiba, dans le Sud. L'ex-président à la fois adulé et honni des Brésiliens a dirigé toute la campagne de son dauphin, un ancien maire de Sao Paulo encore peu connu des électeurs.

L'ex-militaire, lui, n'ira pas sur le terrain. Grièvement blessé à l'abdomen après avoir été poignardé par un illuminé, Jair Bolsonaro devait poursuivre une campagne très active sur les réseaux sociaux, avec l'aide de milliers de groupes qui ont diffusé massivement fausses nouvelles et informations douteuses, prenant modèle sur la campagne victorieuse de Donald Trump. Dimanche soir, il a une nouvelle fois mis en doute la fiabilité des urnes électroniques utilisées sans accroc depuis 23 ans. «Si les urnes étaient sûres, l'élection aurait été décidée aujourd'hui». «C'est notre liberté qui est en jeu», a-t-il dit.

«Pour gagner au second tour, Bolsonaro devra insister sur les thèmes de la corruption et du désordre économique, les points les plus faibles du PT»

Adriano Codato, politologue

Outre leur président, les 147 millions d'électeurs ont aussi voté pour élire gouverneurs, sénateurs et députés. Selon les projections, le nouveau Congrès sera le plus conservateur depuis trois décennies. Et aussi le plus renouvelé. Les caciques de gauche et de droite qui dominaient la politique brésilienne ont été éliminés. Les grands partis de gouvernement se sont effondrés, tel le MDB du très impopulaire président sortant, Michel Temer, et le PSDB dont le candidat Geraldo Alckmin a chuté sous la barre des 5 %. Une terrible gifle pour ce parti qui a incarné l'opposition au PT depuis seize ans.

«Après des années de discrédit des partis et de la politique, l'électorat conservateur a migré facilement du PSDB vers un capitaine solitaire, au casier vierge et “sauveur de la patrie”», a estimé Marilde Loiola, politologue à l'université de Brasilia. Le candidat populiste a gagné dans toutes les régions de ce pays grand comme 15 fois la France. Seul le Nord-Est déshérité, fief électoral de Lula, a résisté à la vague conservatrice.

Pour gagner au second tour, «Bolsonaro devra insister sur les thèmes de la corruption et du désordre économique, les points les plus faibles du PT. Et ainsi, attiser le sentiment anti-PT», a estimé Adriano Codato, politologue à l'université du Parana. Fernando Haddad «a une mission beaucoup plus difficile», selon lui. Il devra rester fidèle aux idées très à gauche du PT sans effrayer les électeurs du centre. Le candidat du PT a déjà tendu la main aux candidats de centre gauche comme Ciro Gomes, le seul à avoir surnagé dans la débâcle des partis traditionnels.

Source Le FIgaro

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